VIA FRANCIGENA 2023 Pavie - Massa
- Martine Baume
- 3 mai 2023
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 août 2023
Mardi 25 avril.
Aujourd'hui c'est férié pour la fête de la Libération de l'Italie lors de la deuxième guerre mondiale. On croise de nombreuses familles endimanchées et des carabinieri en uniforme qui déposent des couronnes de fleurs sur les monuments aux morts. Des commémorations ont lieu un peu partout sur notre itinéraire quand il traverse les villages.
On roule sur la digue qui longe le tracé du Pô qu'on finit par apercevoir entre les arbres, mais qui semble bien bas...
C'est tout de même étonnant de voir la Nature si verdoyante alors qu'il y a un manque cruel de précipitations. Le blé est déjà haut, les paysans fauchent la luzerne. Des parcelles d'arboriculture de peupliers de Lombardie de toutes tailles occupent de grandes zones de la plaine du Pô. Ils étaient déjà fortement exploités à l'époque romaine. Ils procurent de nombreux emplois, des avantages économiques et sociaux pour ces zones rurales. Ils préservent les sols et l'eau car ils fixent les sédiments et filtrent les sols contaminés. Leurs racines améliorent l'infiltration dans les zones inondables, ils redisent donc les impacts négatifs des crues des rivières. Ils renforcent aussi la biodiversité et la faune et ils ont une excellente capacité à fixer le CO2!!! Finalement ils sont un trésor pour la région!
Les diverses cultures forment un caleidoscope de teintes et de lignes géométriques variées. Toute cette rigueur tranche avec les bâtiments agricoles laissés à l'abandon et qui tombent en ruine... le ciel se charge et il fait lourd.
Par la suite on rejoint les rives du Lambro qui se jettera dans le Pô et on arrive à Orio Litta. On s'installe dans l'hébergement de la ferme San Pietro , l'Auberge de la Grange Bénédictine. Une ancienne grange transformée pour l'accueil des pèlerins. C'est alors qu'un gros orage avec des vents violents s'installe sur la région...on est bien heureux d'être à l'abri! Un couple de pèlerins italiens occupent déjà la chambre de la petite tourelle. Nous avons le choix de nombreux lits... après une bonne douche et un peu de repos, le soleil fait son retour et on va chercher une pizza au bistrot du coin.
Mercredi 26 avril.
Après un bon petit bircher au lait condensé on se remet en route dans la fraîcheur matinale. Une petite brume recouvre le paysage et effilé son voile sur la cime des arbres. On dépasse les marcheuses canadienne et hollandaise qui se sont fait pousser en voiture, la traversée du Pô avec la barque pour les pèlerins étant hors d'usage vu le manque d'eau, elles ont gagné un peu d'avance sur ces routes d'asphalte peu enviables pour les marcheurs...
L'itinéraire nous balade encore entre les cultures de luzerne, de blé et de maïs. D'immenses fermes industrielles nous embaument d'effluves de lisier. Et toujours d'immenses cultures de peupliers dans la zone inondable entre la digue et le lit du fleuve. On arrive en fin de matinée à Piacenza, c'est jour de marché, on a de la peine à circuler, il y a des gens de toutes nationalités qui chinent, marchandent, batoillent... un bon café agrémenté d'une brioche suivi d'une visite rapide de la cathédrale. Par la suite c'est compliqué de trouver la route de sortie de cette ville, et comme d'habitude on est bien heureux de rejoindre les chemins de campagne!
On croise encore des maisons abandonnées et on chemine à plat...toujours pas de dénivelé pour mettre à l'épreuve nos gambettes! On arrive en fin de journée à Fiorenzuola d'Arda et on se présente à la paroisse Sa Fiorenzo. On nous donne une petite chambre pour 15 €/personne. Il faut toujours montrer patte blanche grâce à la credenziale le passeport du pèlerin qui donne accès aux hébergements paroissiaux ou à meilleur prix. Mais cette fois elle en fait même une photocopie en plus de celle de nos passeports.
On va boire une grande bière sur la place et le patron nous offre un bel accompagnement avec chips, petits biscuits divers, et même une délicieuse petite pizza... sympa non?
On rencontre un couple de suisses allemands , lui est parti de Constance et a fait le col du Lukmanier dans la neige, elle l'a rejoint pour une semaine, mais n'a pas choisi le meilleur tronçon de la Via Francigena, la pauvre, elle qui aime marcher en montagne! Lui va jusqu'à Rome.
Et pour le repas du soir on déniche un chouette petit troquet tenu par un gars qui nous raconte avoir failli acheter un restaurant à Nendaz , mais finalement s'est retrouvé à Fiorenzuola ... on y mange de délicieuses pâtes.Un petit chat nous observe du haut de son promontoire lorsque nous allons dire bonne nuit à nos fidèles montures restées dans la cour ;-))
Jeudi 27 avril.
Départ à 8 h sous le soleil mais toujours dans la fraîcheur matinale. Arrêt à l'Abbaye de Chiaravalle della Colomba et petit tour dans son magnifique cloître... baigné dans la douce lumière des premières heures .
On emprunte de jolies petites routes serpentant dans la campagne et changeant de cap assez souvent, vent de face, de dos, latéral...on fait un peu la girouette. Ceci jusqu'à Fidenza où c'est l'heure d'un bon espresso puis on a droit aux routes principales plutôt fréquentées , et je vous explique, les italiens en général ont le sang chaud! Et plutôt que de ralentir pour croiser, ils forcent le passage et nous pousseraient dans le talus éventuellement pour ne pas perdre une minute! Bref, ce n'est pas de tout repos...
les Appenins sont en vue, de plus en plus près! Ce sera pour demain... on évite un bon dénivelé en empruntant l'eurovélo 5 pour rejoindre Fornovo di Taro et on traverse ce fleuve qui est quasiment à sec...
On a trouvé refuge à la Villa Santa Maria Casa di Esercizi à Riccò, un petit bled après Fornovo. Il faut monter une belle petite colline et on atteint une grande et ancienne bâtisse qui peut accueillir 60 personnes, d'ailleurs demain ce sera plein! Heureusement pour nous aujourd'hui on ne la partage qu'avec un cycliste italien qui remonte sur Milan , il est complètement éreinté, et on comprendra pourquoi demain et après demain... les vélos n'ont jamais eu autant de place pour se reposer! Et nous on se sent un peu perdus dans cette grande maison, la salle à manger sent le renfermé, on opte pour descendre au village dans le seul bistrot, pour une...pizza ma parole! Yves prendra avec frittes et saucisses histoire de rester un peu dans le gras, ha ha et moi verdura, c'était pas mal ( surtout moi, hi hi,)... pour faire le plein d'énergie pour grimper demain!
Vendredi 28 avril.
Une belle étape nous attend, sous un soleil radieux. Après quelques kilomètres, on quitte la route principale pour une secondaire qui grimpe...qui grimpe et grimpe encore, avec des pourcentages parfois très importants. Je pense même à un moment donné ne pas pouvoir y arriver jusqu'au bout! On s'arrête souvent pour reprendre son souffle, éponger les gouttes de sueur qui ruissellent le long de mon front et boire de grandes gorgées. Par contre aujourd'hui notre effort sera grandement récompensé par la beauté des paysages mis en valeur par cette éclatante luminosité. De petites montagnes verdoyantes et morcelées en diverses cultures, même les coteaux abrupts ont été travaillés! On se demande bien comment les machines agricoles peuvent tenir sur ces pentes?? Et le ruissellement des précipitations de ces derniers jours ont provoqué un glissement de la terre préparée et semée sous peu... on ne poussera pourtant jamais les vélos, mais on se rend compte que notre forme norvégienne n'est plus qu'un bon souvenir! Il faudra encore quelques kilomètres pour la retrouver ha ha....
On croise une française qui marche avec un énorme sac à dos, elle est équipée pour le camping... ça monte par paliers, on suit la départementale 39 qui suit fidèlement le parcours historique pour le col du Mont Bardone. On passe à côté de belles églises romanes le long du parcours, Roncologno, Terenzo, Cassio...
Au fond d'une vallée avant d'arriver à Cassio on aperçoit un affleurement transversal qui coupe toute la vallée. Il s'agit de conglomérats en position verticale qui affleurent comme des dents et des hauts pitons d'une dizaine de mètres: les Sauts du Diable.

La route remonte ensuite sur le Monte Marino pour redescendre sur Berceto avec une magnifique vue sur les grands horizons et panoramas des Apennins. Une étape trop belle mais les cuisses et les mollets me brûlent! On est heureux de trouver ce super B&B la casa dei Nonni que j'avais réservé hier. Il se situe dans une ancienne et grande maison villageoise tenue par une dame adorable qui nous prépare un délicieux menu du pèlerin avec orecchie aux tomates fraîches, olives et feta ainsi que piccatta de poulet et légumes vapeur. Une coupe de fraises pour couronner le tout. Un festin pour rassasier nos estomacs affamés par l'effort du jour!
Samedi 29 avril.
Après une excellente nuit, et un petit déjeuner copieux nous voilà fin prêts pour attaquer le col de la Cisa! Après moultes remerciements, nous quittons la casa dei Nonni et commençons la montée dans le brouillard... la SS62 est peu fréquentée et monte plus régulièrement que l'étape de hier, heureusement pour nos pauvres gambettes, mais elles sont finalement encore bien d'attaque pour cette longue étape qui nous conduira jusqu'au bord de la mer si tout se passe bien. Après une heure de montée nous y voilà, au col bien sûr, pas à la mer! Dans le brouillard, on n'a pas vraiment l'occasion d'apprécier les vastes paysages qui s'étendent de part et d'autre de ce col... dommage.
On s'habille bien pour cette longue descente car il pleuvine maintenant...
On rejoint la vallée de la Magra et on entre dans la ville de Pontremoli, qui est la commune la plus au nord de la Toscane. Capitale historique de la haute Lunigiana. Les palais, les églises, les ponts et les forteresses témoignent d'un passé glorieux...
On poursuit notre chemin dans la forêt sur une petite route qui surplombe la Magra et l'autoroute jusqu'au petit village de Lusuolo où on s'arrête pour pic niquer. Et là, Yves s'aperçoit qu'il a oublié sa précieuse gourde sur le banc de notre dernière pause :-(( mince alors, ces gourdes isothermes qui nous accompagnent depuis longtemps et dont on apprécie l'efficacité pour maintenir l'eau au frais!
On poursuit sur une route principale depuis Aulla avec un trafic important... on suit la Magra et on trouve un itinéraire local qui nous fait longer un petit canal sur un chemin piétonnier. Quel bonheur de quitter la route... mais ensuite on se perd un peu, la fatigue se fait sentir, et on arrive à Marina di Massa après 87 km, et le ciel est vraiment menaçant! On a juste le temps de monter le campement avant la pluie au camping Giardino où on va se poser un peu après 11 étapes de pédalage sans repos ;-)
Le camping est assez sympa, mais très bruyant... et les italiens font le pont pour le 1 er mai , donc il y aura du monde jusqu'à mardi...




















































































































































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