Via Francigena Printemps 2023 Aoste-Pavie
- Martine Baume
- 30 avr. 2023
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 août 2023
Mercredi 19 avril.
Départ de Bramois par taxi privé pour nous rendre de l'autre côté du Grand Saint Bernard...les vélos sur la voiture de notre cher ami Freddy qui a répondu présent pour nous dépanner! A cette période de l'année la neige bloque le passage d'une part, d'autre part on n'a pas les mollets encore assez affûtés pour débuter notre périple par plus de 2000 mètres de dénivelé d'un coup... et le tunnel interdit aux cyclistes, il n'y a plus de ligne d'autobus non plus. Alors un grand merci Freddy!
Petite balade dans Aoste puis départ pour l'aventure, un pèlerinage de 1000 km jusqu'à Rome. A l'époque carolingienne des pèlerins de Bourgogne, Austrasie, Neustrie et Saxe mais aussi des îles britanniques se rendaient à Rome. L'itinéraire a été bien documenté par Sigéric, archevêque britannique qui se rendit à Rome en 990 ap JC pour y recevoir l'investiture papale.
On est impatient de commencer ce nouveau voyage à vélo. Nos montures sont toujours bien chargées environ 27 kg repartis dans nos quatres sacoches et boudin. On a pris toutes les affaires de camping même si il nous faudra dormir dans des auberges pour pèlerins car il y a très peu de camping sur la Via Francigena. Il faut s'y remettre, hi hi...mais pour l'instant l'itinéraire descend la Vallée d'Aoste et c'est peinard! Le soleil est de la partie et on est surpris par la chaleur... les paysages sont magnifiques, sur les hauteurs on aperçoit des châteaux forts , des tours et et des ruines. De petits hameaux accrochés aux versants des montagnes dominent la plaine.
On arrive au camping Paradis Village à St Vincent après une montée super raide et avec la chaleur je crois que ma tête va exploser... Yves parlemente avec le tenancier qui lui annonce qu'il n'ouvre que demain! Mais peut-être en voyant arriver ma bobine rouge tomate et ma mine désespérée, il change d'avis et nous laisse nous installer! Merci merci cher Monsieur... le prochain camping est à 40 km et c'est l'étape prévue demain! On inaugure notre nouvelle tente Nordisk 3 places avec "véranda " ha ha! C'est à dire un couvert pour mettre toutes nos affaires au sec en cas de pluie, ce que j'apprécierai grandement vu notre expérience nordique de l'année passée...
Jeudi 20 avril.
On monte jusqu'à Montjovet pour ensuite suivre un chemin muletier sur l'ancienne voie romaine des Gaules , avec vue plongeante sur la basse vallée de la Doire. Le chemin domine les vignes en terrasses pour ensuite rejoindre le fond de la vallée.
Petite pause snickers pour reprendre des forces avant l'arrivée de la pluie, le ciel se chargeant dangereusement...
La pluie nous rejoint à Bard, magnifique bourgade dominée par un fort imposant. On grimpe dans la petite ruelle pavée de la route romaine, le village est désert...
En quittant Bard, la route est surprenante! Pour éviter une zone d'éboulements car elle longe une falaise, elle descend à pic pour ensuite remonter ...à pic! On évalue à 30-35%!!! On n'a jamais rencontré une telle pente ...
On arrive toujours sous la pluie au camping Monbarone à Settimo Vittone et cadeau du ciel, la tenancière nous offre une petite caravane pour le prix de la place de camping.
Vendredi 21 avril.
Départ sous une petite bruine, les flaques d'eau sur les chemins témoignent de la quantité d'eau tombée hier et la nuit passée... ici il n'avait pas plu depuis 6 mois qu'on nous a dit! Alors quelle bénédiction pour la Nature. Nous sommes heureux de pédaler dans ces conditions!
Pause pic nic a Ivrea où la pluie cesse... et on poursuit sur des petites routes qui longent les pieds des vignobles et de leurs beaux murs en pierre sèche.
Piverone puis on débouche au dessus du lac de Viverone et une vue plongeante sur les mosaïques des cultures... on trouve un camping au bord du lac à Comuna Camping Internazionale.
Samedi 22 avril.
Génial, le soleil est de retour! On chemine sur de jolies routes en gravier ou en terre. A la hauteur de Cavaglia on croise des dizaines de marcheurs, peut-être plus de cent cinquante, par groupes plus ou moins grands, qui remontent vers Ivrea. C'est surprenant car jusqu'à présent on était seuls sur les routes... on passe Santhià et là on se retrouve entourés d'immenses étendues de terres labourées, certaines pleines de cailloux et d'autres fines comme du sable...
Nous voici donc au pays des rizières ! Entoures de petits canaux à sec pour l'instant et d'autres plus importants qui les approvisionneront. En progressant vers Vercelli certaines "caméra" c'est-à-dire des parcelles sont déjà mises en eau et reflètent les nuages et les paysages tels des miroirs. De nombreux échassiers se nourrissent dans ces grandes étendues d'eau.
Tout au long du chemin, nous rencontrons de nombreux domaines agricoles qui tombent en ruines, comme c'est triste. Une fois arrivés à Vercelli, on fait une pause bienvenue à l'ombre dans un petit parc attenant la basilique Saint André , un des monuments les plus importants de la via Francigena .Vercelli est une des plus anciennes villes de la plaine du Pô. A l'époque romaine, c'était le carrefour entre de nombreuses routes, dont la route des Gaules pour le Gd St Bernard, et les autres cols alpins du Mt Cenis et du Mont Genèvre. On avait l'intention de dormir au couvent de Billiemme mais c'est complet, on se retranche donc dans un B&B la Rosa Bianca . On est reçu avec beaucoup d'attention par Danjela et une grande carafe d'eau fraîche et d'un bouquet de menthe, qui nous requinque rapidement. On met sécher nos affaires de camping dans la cour, ce qui surprendra le gars qui partage le logement, ha ha. Mais finalement ça ne détonne pas trop avec les façades des immeubles garnis de la lessive de chaque famille.
Dimanche 23 avril.
On quitte Vercelli bien reposés d'une bonne nuit confortable. Sur le chemin serpentant entre les rizières on rencontre une jeune fille en bleu de travail avec qui on taille une longue bavette. Il s'avèrera qu'elle est connue des pèlerins de la Via Francigena!!! Nous roulons encore sous le soleil sur des chemins blancs, traversons des petits villages où il n'y a pas âme qui vive...même une église a l'abandon ce qui est vraiment inhabituel. A Robbio, pause pic nic à l'ombre d'un petit parc entourant la jolie église San Pietro en briques rouges.
On poursuit sur les chemins de gravier qui surplombent toujours les cultures, quelques rangées d'arbres nous apportent parfois de l'ombre le temps de s'arrêter et boire une gorgée d'eau pour se rafraîchir... on arrive a Mortara, "petite mais élégante capitale de la Lomelline"... quelques immeubles vieillants. On s'arrête pour une délicieuse glace italienne bien méritée après l'effort.
J'avais réservé pour la nuit à l'Abbaye St Albino en péri férié de la ville. C'est Franca, une retraitée qui vit là et s'occupe d'accueillir les pèlerins pour la nuit et leur faire à souper. Très sympa et très originale, vivant ici avec de nombreux chats et pêchant dans le canal avec une amie. On passera une super soirée avec Silvano, un pèlerin de Turin parlant bien le français . On dort tous dans une grande salle sur des lits de camps. En fait Yves ne dormira pratiquement pas, tenu éveillé par les ronflements bruyants de notre cher colocataire...
Lundi 24 avril.
On aperçoit au Nord les alpes enneigées en serpentant toujours entre les rizières, qui ici sont encore sèches, sur des petits chemins de terre sablonneuse. On croise de grandes fermes et de petits hameaux. Remondo et Tromello.
On passe au Nord de Garlasco et on s'arrête visiter la Madonna della Bozzola, érigée au XV ème siècle sur le lieu d'une apparition miraculeuse. L'intérieur est magnifique, des hauts plafonds sculptés et des belles fresques enchantent les yeux...
Les canaux et les voies d'eau nous imposent de nombreux détours à travers la plaine lombarde. On suit le canal de Cavour qui ensuite se jette dans le Tessin, petit clin d'œil à la mère patrie ...depuis ici le paysage change et devient plus sauvage. On profite d'un bel endroit pour piquer un petit roupillon et récupérer de cette nuit bien bruyante .
On atteint Pavie dans l'après-midi, on traverse le Ticino sur le vieux pont couvert et on monte en direction de la cathédrale Santa Maria et San Stefano pour se délecter d'une delicioso gelato italiano;-)) à l'ombre sur la place bondée d'italiens qui sont en congé aujourd'hui, c'est la fête de la libération de l'Italie lors de la deuxième guerre. On a réservé à l'auberge Santa Maria in Betlem et on nous donne une chambre à deux lits. Elisa, une charmante dame s'occupe de l'accueil et nous installe les vélos sous clé dans un cagibi en nous disant que des pèlerins s'étaient fait voler leurs montures dans l'enceinte de la propriété malgré le portail fermé à clé!!! Nous voici rassurés...notre chambre donne sur le clocher qui sonne aux demies...mais elle nous explique qu'il dort la nuit après que je lui ai conté notre nuit en compagnie d'un...bûcheron, ha ha.
Un autre cycliste et deux marcheuses, canadienne et hollandaise sont ici aussi pour la nuit. La canadienne a mal au genou, avec tous ces kilomètres sur l'asphalte dans la plaine du Pô ce n'est pas idéal pour les articulations... mais elle est aguerrie, elle me dit avoir déjà parcouru des milliers de kilomètres sur des chemins de pèlerinage en Europe. J'espère qu'elle pourra rejoindre Rome sans trop souffrir... on reçoit des bons de réduction pèlerin pour un petit bistrot familial où on se régale d'un délicieux risotto et d'une assiette de viande séchée et ruccola.














































































































































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